Financement de la BCE aux multinationales : sollicitons les candidats !

Financement de la BCE aux multinationales : sollicitons les candidats !

Depuis Juin, la Banque Centrale Européenne a injecté plus de 75 milliards d’euros en achetant la dette des grandes multinationales européennes. Contestant la logique économique de ce programme et son manque de transparence, nous invitons les candidats à se positionner sur la question.

Edit: Nous avons publié les réponses des candidats sur cette page

Le scandale a été mis à jour à l’automne : la BCE finance massivement et en toute opacité de nombreux acteurs européens de l’industrie fossile via son dispositif de Quantitative Easing (QE).

Le mois dernier, plus de 70 ONGs d’une vingtaine de pays d’Europe ont signé un appel à la transparence et à un re-fléchage des milliards du QE vers des industries créatrices d’emplois et qui nous mettent sur la voie du combat contre la crise climatique.

Aujourd’hui, nous poursuivons nos efforts en sollicitant, via une lettre écrite (pdf) à tous les candidats à l’élection présidentielle afin de les inviter à se prononcer sur cette question, et sur nos propositions.

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Face à la crise, la planche à billets fonctionne à plein régime…

Depuis la grande crise de 2008, l’économie de l’Eurozone stagne et la déflation guette. Pour tenter d’éviter le plongeon dans une trappe à liquidités dévastatrice, la Banque Centrale Européenne a déployé les grands moyens : des programmes de rachats de plusieurs milliers de milliards de titres de dettes aux investisseurs privés, dans le but à la fois de maintenir les taux d’intérêt « proches de la cible d’inflation » et de faciliter l’accès à l’emprunt des acteurs de l’économie réelle ce qui relancerait la croissance du PIB.

Mais cette stratégie ne fonctionne pas, au point que de plus en plus d’économistes questionnent les pré-supposés même des modèles de la BCE et de sa stratégie : les centaines de milliards continuent d’affluer, gonflant des bulles financières et enrichissant les propriétaires de titres financiers, augmentant donc rapidement les inégalités, sans que l’inflation ni la croissance ne repartent.

Devant cet échec, les gouverneurs de la BCE ont relancé en juin 2016 une énième variante de leur QE, mais cette fois en incluant le rachat de titres émis par des entreprises de la zone euro (Programme dit « corporate sector purchase programme », CSPP). Le robinet à financement s’est donc ouvert à certaines entreprises qui, elles aussi, voient leurs besoins de financement potentiellement couverts (jusqu’à 70% d’une émission obligataire donnée) par les largesses de la BCE.

A qui profitent les milliards ?

125 milliards d’euros doivent être distribués en rachats d’obligations d’entreprises entre Juin 2016 et septembre 2017. Le citoyen européen est en droit d’attendre la transparence dans les procédures d’attribution de ces sommes et dans l’évaluation des effets de ces politiques. Il en va de la confiance du citoyen dans les institutions et donc de la pérennité du projet européen.

Or, la distribution des milliards a commencé en juin 2016 sans aucune transparence. Il est possible de savoir vers qui va l’argent, mais pas de savoir combien, ce qui est un scandale en soit : quel contrôle démocratique le citoyen (ou l’élu) européen peut-il espérer sur de telles pratiques ? Mais il y a pire. Par souci du bien public, l’ONG Corporate Europe Observatory (CEO) a tenté d’y voir plus clair. Le fruit de ce travail révèle un scandale majeur : six mois après la signature de l’Accord de Paris et de ses objectifs de réductions d’émissions de CO2 drastiques, la BCE a injecté  une grande partie (mais on ne peut savoir combien exactement) des 125 milliards du programme CSPP aux industries européennes les plus polluantes, qui sont de gros émetteurs sur les marchés obligataires… Ainsi, Shell, Repsol ou Total parmi d’autres ont bénéficié du financement direct de la BCE. Comment dès lors, croire que l’UE prend au sérieux son engagement international à faire sa part dans la lutte contre un réchauffement climatique qui menace nos conditions de vie ?

Plus généralement, comment convaincre les citoyens européens que le transfert de souveraineté et les contraintes qu’impliquent la participation à l’UE sont des maux nécessaires mais « pour leur bien » quand, sur des sujets majeurs comme la négociation (secrète jusqu’au bout) du TAFTA ou les politiques monétaires, l’opacité est de règle ?

Débattre (enfin) des politiques monétaires

Jusqu’ici, les questions de politique monétaire ont largement été éludé dans le débat électoral en France. Ce sujet est pourtant fondamental, vu le rôle accru de la BCE depuis le début de la crise financière et son impact grandissant sur la société européenne. Les enjeux de leur orientation et de leur pilotage sont colossaux : la politique monétaire est peut être le seul outil qui puisse sortir l’économie européenne de la crise où elle est engluée. Hélas, pour le moment cet outil est mal utilisé, car orienté au service du système économique du passé, alors qu’il est question aujourd’hui d’opérer une transition vers un autre modèle économique plus respectueux des hommes et de la nature.

L’actuel programme de quantitative easing constitue pourtant une opportunité de desserrer la pression sur les Etats, pour le moment condamnés à des politiques d’austérité qui les empêchent d’engager les investissements nécessaires à la transition écologique alors que les contribuables sont appelés à davantage d’effort fiscal.

Le scandale soulevé par CEO sur les rachats d’obligations d’entreprises est une opportunité pour que les candidats à l’élection présidentielle française relèvent le niveau du débat et proposent aux électeurs français des garanties à la fois sur le respect des engagements de l’Accord de Paris et sur la transparence des institutions européennes.

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Dans la lettre co signée par le Collectif Roosevelt, Le collectif des Économistes Atterrés, ATTAC-France, Bio Consom’acteurs et Notre affaire à tous, nous appelons les candidats à prendre position sur ce scandale, à faire leur devoir de représentation de l’intérêt général dans le débat public, et à relayer nos deux propositions : 

  1. Un effort de transparence afin de connaitre le détail des rachats de la BCE pour chaque obligation. Une telle transparence permettrait aux citoyens de se faire une idée plus claire de l’impact environnemental et économique des interventions de la BCE dans le cadre de ce programme.
  2. La prise en compte de critères sociaux et environnementaux dans l’attribution des financements afin de s’assurer que la méthodologie de la BCE cible efficacement les secteurs de l’économie qui sont réellement créateurs d’emplois et qui contribuent à un développement économique respectueux de l’environnement.

 

Au citoyen lecteur, nous demandons de relayer cet appel en exigeant des candidats qu’ils nous répondent publiquement !

Pablo Grandjean, Chroniques de l’anthropocène / Stanislas Jourdan, QE pour le peuple

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