QE pour les multinationales: des candidats nous répondent

QE pour les multinationales: des candidats nous répondent

Seuls quatre candidats – Nicolas Dupont-Aignan, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutoux – ont accepté d’éclairer les électeurs sur leurs positions en termes de politique monétaire. Voici leurs réponses, largement favorables à nos propositions.

Edit 14:30: Suite à la réception d’un courrier de réponse de l’équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon, nous avons mis à jour l’article pour inclure sa réponse.

Quand la planche à billet de la BCE finance les pollueurs

Depuis juin 2016, la BCE a créé plus de 75 milliards d’euros uniquement pour racheter des « obligations » d’entreprises européennes sur les marchés financiers. L’intention est louable : fluidifier l’accès au financement de l’économie réelle et ce faisant, relancer la machine économique. Mais au cœur de l’opaque machinerie européenne, le diable se cache souvent dans les détails.

L’ONG Corporate Europe Observatory a vérifié ligne par ligne les obligations acquises dans le cadre des programmes de la BCE et le bilan est accablant : les entreprises bénéficiant de ces financements sont massivement issues de l’industrie des énergies fossiles, des sociétés d’autoroutes et d’autres très gros pollueurs dont l’activité économique même menace notre capacité à atteindre les objectifs climatiques de l’Accord de Paris. Un constat partagé par plus de 70 ONGs.

Notre lettre aux candidats

Notre lettre aux candidats

Quatre candidats sur onze se prononcent

Avec le soutien ponctuel de ATTAC France et des Économistes Atterrés, la coalition QE pour le Peuple, dont la raison d’être est de « mieux flécher la création monétaire de la BCE » a donc sollicité  le soutien des candidats à l’élection présidentielle 2017, les questionnant notamment sur les enjeux de transparence et de l’application éventuelle de critères sociaux et environnementaux dans le programme. Quatre candidats seulement ont répondu à l’appel et argumentent plus ou moins leur réponse.

L’équipe de Nicolas Dupont-Aignan a été la première à nous répondre et nous assure que :

« Nicolas Dupont-Aignan a pris bonne note des éléments qu’il contient et des mesures qu’il lui semble utile de mettre en place” […] “son projet présidentiel répond à nombre des interrogations et constats que vous avez formulés et qu’il partage. »

Dans une réponse à peine plus détaillée (pdf), Philippe Poutou nous répond également de façon favorable et développe une critique de l’indépendance de la BCE :

« Vos demandes sont de bon sens : il faut de la transparence et prendre en compte des critères sociaux et environnementaux. […] Je souligne cependant que le manque de transparence est congénital à la conception même de la BCE et de son fonctionnement. La politique monétaire est fondamentalement viciée par les règles de la zone Euro. Il faut aller à la racine : remettre en cause l’indépendance de la BCE.

Dans une plus longue réponse (pdf), Benoit Hamon appuie également nos propositions, et va même plus loin en écrivant :

“Il est urgent pour la BCE de changer de politique afin que la politique monétaire européenne soit réellement au service de la construction du futur de ses citoyens plutôt que celui des grandes entreprises sans conscience sociale et environnementale. Plus globalement, il faut que la politique de quantitative easing finance les investissements dans la transition écologique et économique afin de créer des emplois.”

Benoit Hamon soutient ainsi ouvertement l’une de nos propositions, celle d’un “green quantitative easing” visant à financer la transition écologique grâce aux financements de la BCE!

« La politique monétaire est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux mains des banquiers. »

Plus tardivement, l’équipe de Jean-Luc Mélenchon nous a communiqué une lettre (pdf) dans laquelle la porte-parole du mouvement Charlotte Girard nous apporte également leur soutien, et en expliquant la compatibilité de nos propositions avec le programme de la France Insoumise:

Nous voulons également réorienter la création monétaire en faveur du plein emploi, selon des objectifs sociaux et écologiques, plutôt que de l’injecter dans des circuits purement financiers et spéculatifs. De ce point de vue, nous soutenons l’idée d’introduire des critères sociaux et environnementaux dans le processus de sélection des obligations achetées par l’Eurosystème.

La lettre aborde ensuite l’une des limites possible de notre proposition, en suggérant d’aller plus loin:

Cependant, nous pensons qu’un tel changement est insuffisant et qu’il faut aller plus loin. En effet, même en introduisant ces critères, seules les grandes entreprises auraient un accès au financement de la BCE, car elles seules sont en capacité d’émettre des obligations. Nous pensons qu’il faut également aider au financement des PME qui respectent les objectifs sociaux et écologiques décidés démocratiquement. C’est pourquoi nous voulons que la BCE finance également les banques d’investissement nationales et, en France, la Banque publique d’investissement (BPI), qui seront ensuite chargées de mettre à disposition des PME les crédits dont elles ont besoin

Les politiques monétaires enfin en débat ?

Ces éléments de réponse tendent à confirmer que le sujet du QE ne peut laisser indifférent et que nos propositions vont dans le bon sens. Nous saluons les candidats qui se sont prêté au jeu, et en même temps nous regrettons d’avoir dû leur tirer la manche pour attirer leur attention sur ce sujet majeur de société !

Quant aux candidats qui se sont abstenus de nous répondre, nous leur laissons le bénéfice du doute sur le motif de leur silence : indifférence, complaisance ou ignorance ?

Stanislas Jourdan, QE pour le peuple, Pablo Grandjean, Chroniques de l’anthropocène

Ce poste a été rédigé par
Coordinateur européen de la campagne.

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