Politique monétaire : vers où marche Emmanuel Macron ?

Politique monétaire : vers où marche Emmanuel Macron ?

Puisque le candidat de En marche ! se veut le candidat de la relance du projet européen, il nous semble essentiel de savoir comment il appréhende les sujets de politique monétaire de la BCE.

A quelques jours du deuxième tour de l’élection présidentielle opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen, nous n’avons toujours pas reçu de réponse à notre lettre envoyée la semaine dernière au siège de la campagne de En Marche !.

Nous n’avions pas non plus reçu de réponse à notre toute première lettre, alors que quatre autres candidats nous ont répondu plus ou moins précisément (Philippe Poutou, Nicolas Dupont Aignan, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon).

Cette nouvelle lettre (pdf) est volontairement plus générale. Nous la reproduisons publiquement ci-dessous : aidez nous à attirer l’attention l’attention de son équipe en partageant cet article !


Lettre à Emmanuel Macron (25 Avril 2017)

Politique monétaire de la Banque Centrale Européenne

Monsieur le Ministre,

Permettez-nous d’abord de vous adresser toutes nos félicitations pour votre qualification pour le second tour de l’élection présidentielle.

Au cours de cette campagne, un sujet a peu suscité de commentaires de votre part. Il a pourtant une importance déterminante sur l’économie et la stabilité financière de la zone euro, donc une influence majeure sur le plan européen. Il s’agit de la politique monétaire.

Comme vous le savez, la Banque Centrale Européenne (BCE) a lancé depuis mars 2015 un programme dit de “quantitative easing” (QE) dans le cadre duquel elle a fait usage de son pouvoir de création monétaire pour racheter près de 1800 milliards d’euros de dette sur les marchés financiers.

Malgré l’ampleur de ce programme (l’équivalent de 16% du PIB de la zone euro), les résultats sont en deçà des attentes, avec une croissance toujours atone et surtout une inflation toujours très faible. L’une des raisons de l’échec relatif de ce programme est le dysfonctionnement des mécanismes de transmission de la politique monétaire par le secteur financier. Malgré les taux d’emprunt exceptionnellement bas, il semble que la faiblesse de la demande de crédit freine l’effet possible du QE. De plus, de l’aveu même de la BCE, le quantitative easing accroît les inégalités en faveur des plus riches.

Bien que la décision de lancer ce QE en 2015 ait pu être justifiée, il nous semble clair que la logique de cette politique atteint aujourd’hui ses limites. En cas de nouvelles perturbations financières, des solutions alternatives plus innovantes seront nécessaires. Parmi ces solutions, nous proposons par exemple de flécher directement le quantitative easing vers des investissements de haute qualité sociale et environnementales afin de lancer sans attendre le grand chantier de la transition énergétique.

Une seconde option serait de distribuer une partie du QE sous la forme d’un dividende monétaire citoyen versé à tous les européens. L’avantage de cette seconde solution serait de relancer rapidement la consommation en cas de menace sérieuse de déflation. Nos deux propositions sont réalisables sans entraver l’indépendance de la BCE.

Dans la mesure où l’avènement d’une nouvelle crise financière semble malheureusement inévitable, il nous paraît essentiel d’étudier la faisabilité technique et juridique de ces mesures dès maintenant.

Par ailleurs, une partie du programme de QE concerne le rachat d’obligations du secteur privé par la BCE, ceci à hauteur de 75 milliards. Dans un récent courrier adressé à votre équipe resté sans réponse de votre part jusqu’ici, nous vous alertions sur le manque de transparence de ce programme, et sur les règles d’éligibilité de ce programme.

Ces dernières sont en effet tellement restrictives que le programme ne bénéficie en pratique qu’aux grandes entreprises multinationale et non aux PMEs. De plus, par souci de neutralité sectorielle, il finance massivement les secteurs de l’industrie fossile et participe donc à une trajectoire de réchauffement climatique intenable. Alors que nous demandons aujourd’hui aux investisseurs de publier l’impact climatique de leur portefeuille d’investissement, il nous semble absurde que les banque centrales ne montrent pas l’exemple.

Enfin, un récent rapport de l’ONG Transparency International pointe du doigt plusieurs failles dans le cadre institutionnel de la BCE, et formule des recommandations concrètes allant dans le sens d’une plus grande coordination de la BCE avec les institutions européennes dans le cas d’actions allant sensiblement au delà de son mandat, et plus généralement d’un plus grand contrôle de la BCE par le Parlement Européen. De telles améliorations nous semblent essentielles afin d’éviter la répétition des erreurs commises pendant la crise de la zone euro.

Au regard de ces éléments, nous aimerions connaître votre position sur ces quatre points :

  • En ce qui concerne la logique générale du quantitative easing, comment évaluez-vous le bilan de la BCE en termes de taux de croissance, d’inflation, et sur les inégalités ?
  • Soutenez-vous l’idée qu’il faille étudier dès maintenant les solutions alternatives au quantitative easing, pour préparer le cas où une nouvelle crise financière se déclencherait ?
  • Dans le contexte du programme de rachat de dettes privées, soutenez-vous notre demande pour plus de transparence de ce programme et pour une révision des critères de sélection des actifs afin de garantir une meilleure efficacité de la politique monétaire de la BCE ?
  • Soutenez vous les propositions de Transparency International pour améliorer le cadre institutionnel de la BCE ?

Nous vous remercions par avance pour vos réponses qui permettront d’éclairer le choix des Français à l’heure du vote le 7 mai 2017.


Photo credit CC Mutualité Française

Ce poste a été rédigé par
Coordinateur européen de la campagne.

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