Le quantitative easing de la Banque Centrale Europe profite aux plus riches

Le quantitative easing de la Banque Centrale Europe profite aux plus riches

Dans son rapport annuel, la Banque Centrale Européenne a démontré que son programme de quantitative easing a augmenté la richesse des plus riches.

Article original publié sur qe4people.eu, traduction par Nicolas Teterel

Depuis le lancement du programme quantitative easing au sein de la Zone Euro, il était clair qu’un tel programme aurait non seulement un impact limité sur la croissance et l’inflation, mais qu’il comportait également d’importants effects secondaires.

En particulier, le quantitative easing a contribué à augmenter les inégalités de richesse.

Cela est dû à la façon dont les marchés financiers fonctionnent : Une hausse soudaine pour la demande de certains produits ou services (Ou pour être plus précis, des actifs financiers) provoque automatiquement une hausse de leurs prix si il n’y a pas de hausse proportionnelle de l’offre de ces actifs financiers.

Par nature, le quantitative easing (QE) fait monter les prix des actifs financiers. Lorsque les banques centrales injectent des montants massifs de liquidité pour acheter de la dette souveraine, cela pousse la valeur de ces obligations à la hausse. Cela affecte aussi aussi d’autres segments des marchés financiers étant donné que le QE augmente aussi la demande pour d’autres actifs comme les obligations d’entreprise et les actions.

Si cela vous laisse un peu perplexe, c’est normal ! Voyons-voir si ce schéma est plus clair:

Les banques centrales ont fini par reconnaitre l’effet inégalitaire du quantitative easing. Dans un papier remarquable, la banque centrale d’Angleterre a mesuré l’impact redistributif de son propre programme quantitative easing en 2012, et concluait que :

« En poussant une partie des prix des actifs à la hausse, les achats d’actifs ont boosté la valeur de la richesse financière (détenue hors des fonds de pension) des citoyens. Mais ce sont les 5 % des citoyens les plus riches qui détiennent 40 % de ces actifs. »

Le QE dans la Zone Euro a profité au top 20 % des personnes les plus riches

La Banque Centrale Européenne a également fait ce travail. Dans son rapport annuel, la BCE a publié une analyse exclusive sur l’impact redistributif du QE dans la Zone Euro qui tombe sur les mêmes conclusions. D’après les recherches de la BCE, le QE a principalement contribué à augmenter la richesse des  20 % les plus riches (de 30 %!), ce qui est bien plus élevé que pour les autres segments de la population. Les résultats sont mieux résumés dans ce graphique de la BCE :

Bien que la BCE reconnaisse l’existence de cette effet inégalitaire, elle avance que le QE a eu d’autres effets positifs (comme la réduction le taux de chômage et la stabilité des prix) ce qui compense en partie l’augmentation des inégalités de richesse. « Il n’y a pas de meilleure mesure d’une diminution des inégalités que le taux de chômage » a répété Mario Draghi lors de la conférence de presse du 27 Avril.

Nous estimons que cet argument est faible car il est très difficile d’attribuer le recul du chômage seulement à la BCE. D’autres facteurs peuvent jouer un rôle plus important concernant le recul du chômage, comme les réformes structurelles et les politiques économiques nationales. Certaines preuves suggèrent d’ailleurs que les injections de liquidités de la BCE ne se sont pas traduites directement par une augmentation de l’investissement (qui en effet permettrait de créer de l’emploi). En revanche, le lien entre les prix des actifs et la richesse du top 20 % est assez clair, surtout au cours d’une période de stagnation de l’économie.

En d’autres termes, l’amélioration de la situation de l’emploi n’invalide pas notre diagnostic que la BCE exacerbe les inégalités de richesse.

Au delà de ce constat, le point le plus important est que la BCE pourrait éviter d’augmenter les inégalités en adoptant des mesures alternatives aux rachats d’actifs. En particulier, la distribution d’argent directement aux citoyens (helicopter money), comme nous le recommandons, pourrait réduire les inégalités, au lieu de faire l’inverse.

Les dirigeants de la BCE n’ont pas manqué de créativité lorsqu’ils ont inventé des mesures telles que les TLROs et le QE, il est décevant que les banquiers centraux ne montrent pas le même niveau d’imagination lorsqu’il s’agit de formuler des politiques qui réduiraient les inégalités.

Ce poste a été rédigé par
Coordinateur européen de la campagne.

Un commentaire on "Le quantitative easing de la Banque Centrale Europe profite aux plus riches"

  • Les banquiers autant que les politiques sont comme des mouches dans un bocal. Sous la contrainte du cadre qu’ils se sont eux-mêmes imposés, ils cherchent d’ingénieux systèmes qui induisent systématiquement (normal pour un système) les mêmes travers, les mêmes dégâts. Quand donc l’une de ces mouches osera-t-elle sortir du bocal pour entrer dans un système plus ouvert ? Ce système existe déjà dans l’imagination de quelques-uns et il a été rendu possible par les avancées technologiques. On l’appelle “la Désargence” : http://www.blog.desargence.org/IMG/pdf/prosper_h.s.3.pdf

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